Mercredi 10 juin 2009
Le temps passe et nos pas foulent la vie avec impatience peu conscients je trouve de l'éphémère de nos vies cabrées.
J'avais une amie, elle n'est plus là ! Envolée elle aussi emportée par un mal dont on sait hélas
que bien souvent il ne pardonne pas.
L'an passé alors que nous parlions doucement de ce temps qui file, de notre enfance aussi elle me dit que je devais être une étrange petite fille quand j'étais enfant.

Etrange, ce mot a imprimé et a laissé presque une fêlure, étrange pourquoi étrange ? Pas plus étrange que toi lui avais-je répondu et elle avait souri .
Et ce soir en rentrant de la ville j'ai repensé à notre conversation en entendant une ambulance filer à toute allure, sirène hurlant au vent du soir.
-Oui j'étais étrange, j'aimais les ambulances et leurs sirènes criardes comme si ma vie n'était qu'une urgence, prête à ce qu'on « l'embarque « un beau matin comme ça ni vue ni connue...
-J'aimais les arbres et leurs immenses branches sur lesquelles je me réfugiais des journées entières recroquevillée sous leurs frondaisons un livre en poche pour toute compagnie, solitaire et captive de ma peur.
Car je détestais ma peur celle qui me clouait sur place avec ces angoissantes nuits où je ne pouvais dormir et où j'entendais mon cœur volcan bouillonner et battre puissamment dans mes oreilles.
-J'aimais les astres, le ciel, l'étude et la connaissance des choses j'aimais être première par volonté de puissance sur mes peurs et mes angoisses .Ainsi je pensais maîtriser mon destin et surtout fait fuir cette peur de la mort qui me tenaille encore parfois.
-J'étais indisciplinée et pourtant sage, timide et pourtant effrontée, capable du pire comme du meilleur.
J'étais solitaire, pas d'amis proches, mes frères et sœurs seuls liens qui me tenaient au monde dans l'enfance, mes seuls francs repères, le même sang, la même enfance dans nos veines.
-J'aimais le monde, les océans, les poésies , les oiseaux du ciel , le petit Prince, le dessin, l'odeur du foin de cette grange fermière où nous allions chercher notre lait avec mon frère.
-La couleur rose de ces petites clochettes du jardin des merveilles de ma Grand –Mère quand celle-ci me prenait en vacances.
-Le poids des livres dans mon sac quand je partais à l'école consciencieusement prête pour une journée que je pensais studieuse mais où je ne ferais rien d'autre que de rêver et de distraire la classe par mes turbulences soudaines.
-Les maîtresses d'école toujours patientes ou autoritaires selon l'année et qui me donnaient des ailes quand je ne savais plus voler.
-La rondeur de mes lettres tracées à la plume trempée dans l'encrier d'encre violette et dont la raideur me plongeait dans une colère constructive de discipline.
-Les leçons de morale parce que j'avais besoin de morale, d'idéal, et que la vie ne m'en apportait pas suffisamment.
-Les petits berlingots de lait frais, distribués dans les écoles chaque matin.
-Les marronniers et les hannetons voletant dans nos cheveux à présent disparus.
-Les randonnées avec mon petit frère, randonnées pour distribuer Pif le chien ou l'Huma dans les foyers, eh oui tout le monde n'a pas eu la « Chance » d'avoir des parents communistes !
-Les longs cheveux ondulés de ma petite sœur qui balancés au vent lui donnait un petit air de Princesse alors que cheveux courts je n'étais qu'un garçon manqué toujours vêtue de vêtements troués par inadvertance.
-Les leçons de solfège et tambour avec mon petit frère à l'harmonie municipale ainsi qu'à la chorale de notre ville au bord de la rivière.
-Les pêches à l'écrevisse dans le lavoir avec notre Mère et la terrible frayeur qui s'en suivait lorsque je les voyais pauvres innocentes se débattre une seconde dans l'eau bouillante.
-Les « raclées « données au garçons qui tapaient mon petit frère et que j'attendais à la sortie de l'école pour lui rendre justice.
-Et les yeux et le sourire de ce petit voisin qui m'appelait Princesse Gracieuse me donnant un peu de son cœur par ce titre ô combien envié par d'autres petites Princesses
-La beauté de ma Mère qui ne me voyait pas, ne me regardait jamais et qui faisait de mes jours un désert d'Amour sans que jamais rien ne vienne l'ensoleiller.
-Et aussi les couchers de soleil parce qu'ils consolaient mes jours.

Etrange enfance...oui à bien y réfléchir, dans un monde qui me paraissait étranger et dont les contours me donnaient la nausée .J'avais en détestation tout ce qui était dans la norme, tout ce qui reliait ma vie à la discipline malgré ma pseudo sagesse.
Pour vivre je me suis obligée à accepter de laisser une partie de moi-même à la frontière de la normalité et de l'étrange ...Alors après avoir regardé cette partie de moi détachée j'ai continué à avancer droite, résolue, mais tout en rêve et en arabesque sur un fil dont je ne sais pas quand il va rompre mais dont la solidité me surprend chaque jour un peu plus ...


Par Astéroide JoelleB612
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